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https://www.autonews.fr/hi-tech/voiture-autonome-l-onu-adopte-8-regles-pour-son-developpement-91189

Au total 53 nations ont adopté cette semaine un règlement commun qui encadrera dans quelques mois à peine le développement de la voiture autonome (les pays de l’Union Européenne…La Corée du Sud et le Japon ).

Imaginée par l’Unece (la Commission économique pour l’Europe des Nations unies) au cours d’un forum mondial pour l’harmonisation des règlements concernant les véhicules, cette avancée majeure est une “ étape importante vers un déploiement plus large des véhicules autonomes“, précise un communiqué de l’Unece datant du 25 juin dernier. Par ce biais, les Nations Unies instaurent pour la première fois une réglementation internationale sur l’automatisation des véhicules de niveau 3. Cette technologie, qui facilite le déplacement en réduisant le rôle du conducteur, sert aussi à réduire le nombre d’accidents provoqués par le comportement humain. Depuis l’incident de Volvo / Uber en 2018 dans l’Etat de l’Arizona, les constructeurs automobiles redoublent d’exigence pour proposer des systèmes de plus en plus aboutis. L’ONU vient donc chapeauter ces innovations, mais l’organisation ne fait pas de cadeaux aux développeurs…

L’Unece a été prudent dans l’élaboration de son règlement. En effet, il n’est pas évidemment aisé de rédiger une loi commune pour autant de pays signataires à la fois. Toutefois, le forum mondial a indiqué que celle-ci n’était qu’une introduction, qu’elle sera à l’avenir remaniée pour s’adapter aux nouveaux besoins. Pour l’heure, les Nations Unies jouent la carte de la retenue, cette (longue) liste en témoigne :

  1. La conduite autonome de niveau 3 pourra s’activer dès lors qu’une personne prendra place sur le siège conducteur, ceinture de sécurité attachée.
  2. L’ONU interdit l’utilisation du système sur les routes où les piétons et les cyclistes côtoient les voitures.
  3. Défense aussi de lancer la conduite autonome sur une route qui ne contient pas une séparation physique entre les deux sens de circulation.
  4. Un usage bridé à une vitesse maximale de 60 km/h.
  5. Les écrans multimédias embarqués se déconnectent obligatoirement au moment où le conducteur reprend le contrôle de son véhicule.
  6. Implanter dans le système de conduite autonome des capteurs qui surveillent le comportement du conducteur, vérifiant sa capacité à reprendre le volant.
  7. Équiper la voiture d’une boîte noire, baptisée « système de stockage des données pour la conduite automatisée », mise en route automatiquement lorsque la conduite autonome est activée.
  8. Les systèmes de conduite autonome doivent sans cesse se mettre à la page en matière de cybersécurité, et ce, pour éviter les piratages informatiques.

Bonne nouvelle, Enfin un cadre légal en Europe !

 

Fin juin, la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-ONU) a mis en place une réglementation limitant le domaine d’action des voitures autonomes. Cette norme, qui entrera en vigueur en 2021, impose ainsi que les voitures autonomes ne puissent être utilisées que sur des voies avec séparateur central, où piétons et cyclistes n’ont pas accès, le tout à une vitesse maximale de 60 km/h. Egalement, les écrans de divertissement (vidéo, jeux), doivent être déconnectés dès que le conducteur reprend la main, alors qu’un système de surveillance doit pouvoir juger à tout moment si le conducteur a justement une attention suffisante pour pouvoir reprendre le volant instantanément. Enfin, cela est assorti d’une boîte noire, qui enregistre les données de roulage.

Tout cela semble assez contraignant. En particulier la vitesse maximale de 60 km/h, combinée à l’obligation de rouler sur des voies à séparateur central… Où justement, la vitesse autorisée pour les voitures standard est bien plus élevée dans la majorité cas. Cette ensemble de règles concerne les voitures autonomes, mais aussi les systèmes d’aide à la conduite de niveau 3 et au-delà (possibilité de lâcher le volant). Cette réglementation, adoptée par 56 états, majoritairement européens, n’a pas été ratifiée par les Etats-Unis et la Chine, deux pays qui favorisent le développement de la voiture autonome. Voilà qui risque de creuser le retard technologique de l’Europe en la matière.

Enfin un cadre légal en Europe !

« A Bruxelles, les technocrates peuvent parfois avoir des décisions éloignées de la vie pratique, qui n’ont pas beaucoup de sens », s’amuse Bruno Mendes Da Silva, fondateur de Heex Technologies, une start-up spécialisée dans le traitement de données pour le développement de prototypes de voitures autonomes. « Mais il faut considérer cette réglementation comme une bonne avancée. Car, jusqu’ici, il n’existait aucun cadre légal pour le développement de la voiture autonome en Europe. En France, il fallait demander au cas par cas des autorisations préfectorales pour faire rouler les prototypes. Enfin, maintenant, il existe quelque chose ».

En effet, la convention de Vienne mise en place en 1971 fait toujours autorité, et elle impose un conducteur au volant. La seule avancée remonte à 2016, lorsque la conduite automatisée a été autorisée à moins de 10 km/h. Voilà qui a permis l’arrivée de systèmes de parking automatisé, où il n’était plus nécessaire de toucher le volant, ni les pédales.

La source de nouvelle innovations technologiques

« Cette petite avancée des 10 km/h a permis l’apparition d’une innovation technologique, le park assist », rappelle Bruno Mendes Da Silva. « Avec cette nouvelle avancée, on peut espérer de nouvelles innovations technologiques, puisqu’il sera permis de lâcher les mains jusqu’à 60 km/h. Egalement, cela donne la droit à des expérimentations, sans autorisation à demander, c’est bienvenu pour le développement de la voiture autonome, cela permettra de donner confiance aux investisseurs. De plus, on peut estimer que le cadre n’est pas figé, qu’il pourra être révisé dans quelques années. »

Pour l’instant, si la Chine et les Etats-Unis ont une avance en matière de voitures autonomes, c’est qu’un cadre légal existe depuis longtemps. Certains états, comme l’Arizona, la Californie ou la Pennsylvanie, ont compris qu’il y avait là un business florissant, qui attire des investisseurs. Résultat : le secteur a levé un financement plus important de 150 milliards qu’en Europe ! Un déséquilibre que cette nouvelle réglementation pourrait aider à combler, malgré ses contraintes. « On ne s’attendait pas à ce que l’Europe libéralise autant que les Etats-Unis ou la Chine. Elle a simplement opté pour un cadre sage ». Notons que si les constructeurs chinois et américains pourront s’affranchir de cette réglementation dans leurs pays d’origine, leurs modèles vendus en Europe devront s’y soumettre.

 

Par Nicolas Meunier

https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/pourquoi-la-limitation-a-60-km-h-est-une-chance-pour-la-voiture-autonome_720121